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Harmonies du Soir

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HARMONIES DU SOIR – (Charles Baudelaire)

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir …
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir,
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir,
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grands reposoir ,
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

(Les Fleurs du mal) 

 

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Une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles Baudelaire


 

To a Passer-By

The street about me roared with a deafening sound.
Tall, slender, in heavy mourning, majestic grief,
A woman passed, with a glittering hand
Raising, swinging the hem and flounces of her skirt;

Agile and graceful, her leg was like a statue’s.
Tense as in a delirium, I drank
From her eyes, pale sky where tempests germinate,
The sweetness that enthralls and the pleasure that kills.

A lightning flash… then night! Fleeting beauty
By whose glance I was suddenly reborn,
Will I see you no more before eternity?

Elsewhere, far, far from here! too late! never perhaps!
For I know not where you fled, you know not where I go,
O you whom I would have loved, O you who knew it!

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)


 

A Passer-by

The deafening street roared on. Full, slim, and grand
In mourning and majestic grief, passed down
A woman, lifting with a stately hand
And swaying the black borders of her gown;

Noble and swift, her leg with statues matching;
I drank, convulsed, out of her pensive eye,
A livid sky where hurricanes were hatching,
Sweetness that charms, and joy that makes one die.

A lighting-flash — then darkness! Fleeting chance
Whose look was my rebirth — a single glance!
Through endless time shall I not meet with you?

Far off! too late! or never! — I not knowing
Who you may be, nor you where I am going —
You, whom I might have loved, who know it too!

— Roy Campbell, Poems of Baudelaire (New York: Pantheon Books, 1952)


 

To a Woman Passing By

The deafening road around me roared.
Tall, slim, in deep mourning, making majestic grief,
A woman passed, lifting and swinging
With a pompous gesture the ornamental hem of her garment,

Swift and noble, with statuesque limb.
As for me, I drank, twitching like an old roué,
From her eye, livid sky where the hurricane is born,
The softness that fascinates and the pleasure that kills,

A gleam… then night! O fleeting beauty,
Your glance has given me sudden rebirth,
Shall I see you again only in eternity?

Somewhere else, very far from here! Too late! Perhaps never!
For I do not know where you flee, nor you where I am going,
O you whom I would have loved, O you who knew it!

— Geoffrey Wagner, Selected Poems of Charles Baudelaire (NY: Grove Press, 1974)

Le serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!
Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.
Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!

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